Un voyage croustillant au cœur des rivalités belges et françaises autour de la frite.
La frite, ce célèbre bâtonnet de pomme de terre doré et croustillant, est un véritable symbole culinaire adoré tant en France qu'en Belgique. À l'échelle mondiale, la consommation s'élève à 350 kilos de frites chaque seconde. Que ce soit en accompagnement de moules, de tartares ou de burgers, son histoire est pourtant entourée de mystères. Pierre Leclercq, historien belge spécialisé en alimentation, nous aide à percer ce secret.
L'émergence des frites au XVIIIe siècle
"Des frites, toujours des frites" : cette phrase fait écho aux passions culinaires des Français et des Belges, qui s'opposent sur l'origine de ce délice. Une certitude émerge : les frites voient le jour au XVIIIe siècle. À cette époque, les marchands de rue parisiens se déplaçaient avec des bassines d'huile bouillante. Avec la démocratisation de la pomme de terre, impulsée par Antoine Parmentier, l'idée de plonger des rondelles de pommes de terre dans la graisse pour les vendre émerge. Ce mariage inattendu devient progressivement accessible au grand public.
De rondelles à bâtonnets : l'évolution du concept
C'est au milieu du XIXe siècle qu'une figure marquante du commerce a véritablement popularisé les frites. Appelé Monsieur Fritz, il a appris à les préparer à Montmartre avant de retourner en Belgique pour faire découvrir ce que l'on pourrait aujourd'hui nommer "fritkot", ou baraque à frites. Rapidement, les frites prennent la forme de bâtonnets, attirant une clientèle toujours plus large lors des foires. La rareté d'aliments salés et croustillants en fait une vraie tendance.
Pourquoi les Anglophones les appellent-ils "french fries" ?
Alors pourquoi parle-t-on de "french fries" ? Cela s'explique par une confusion : le verbe anglais "to french" signifie "couper en bâtonnets". Néanmoins, c'est seulement dans les années 1960 que cette question prend de l'importance. Des récits affirment que des réfugiés français seraient à l'origine des frites en Belgique. Au fil du temps, les Belges s'approprient ce plat, avec des récits évoquant des pêcheurs à Namur qui, au XVIIIe siècle, découpaient des pommes de terre avec la forme d'un poisson, une assertion contredite par les historiens.
Des différences culturelles dans la consommation
Les Français et les Belges ont des façons bien distinctes de consommer des frites. En Belgique, la frite est un plat à part entière, servie dans un cornet, tandis qu'en France, elle est le plus souvent un accompagnement. L’astuce belge pour une frite parfaite repose sur la double cuisson et l’utilisation de la pomme de terre Bintje, assurant croustillant et légèreté, un détail moins strict en France. Bien que les frites aient des racines communes, elles sont profondément ancrées dans la culture belge, où plus de 5000 friteries sont recensées. Les Belges chérissent leur patrimoine culinaire, mais il est crucial de noter qu'ils ne consomment pas plus de frites que les Français. Comme le dit un célèbre personnage de bande dessinée, l'essentiel reste d'apprécier les plaisirs simples de la vie.
(1) Source : Le Grand Livre de l'alimentation, Dr Laurence Plumey.
(2) Pierre Leclercq, historien de l'alimentation, auteur et conférencier.







